Syndrome d’immunodéficience Acquise, le SIDA est dû à l’infection par le virus VIH (Virus de l’Immunodéficience Humaine). La transmission de ce virus se fait par voie sexuelle, sanguine ou materno-foetale. Ce virus entraîne une défaillance du système immunitaire (destruction des lymphocytes CD4 et des macrophages) permettant l’apparition de maladies opportunistes et de cancers.





> Histoire


- Chronologie avant l’épidémie
 
1872 :
À Vienne, Moritz KAPOSI décrit une grave maladie de peau. Le sarcome qui porte aujourd’hui son nom est une des principales maladies opportunistes du SIDA.
1882 : À Naples, AMICIS décrit le même sarcome.
1950 : L’ancêtre commun de ces virus daterait de cette époque et son existence serait de longue date.
1904 : Les danois ELLERMAN et BANG recherchent une cause infectieuse à la leucémie.
1905 : Paul EHRLICH surveille des tumeurs qui peuvent disparaître par le système immunitaire.
1908 : ELLERMAN et BANG montrent qu’un extrait filtré de la leucémie de poulet est oncogène.
1911 : Le docteur Francis PEYTOW ROUS découvre la transmission virale du sarcome du poulet. C’est le premier « rétrovirus ».
1960 : Howard TEMIN étudie le génome de ce rétrovirus et observe que sa multiplication est inhibée. Il propose le concept de « reverse transcription et sera récompensé par le prix Nobel à Baltimore ».
1969 : HUEBNER et TODARO propose la « viral oncogène hypothesis ».


- Chronologie de l’épidémie

1980 :
Le professeur Robert GALLO et son équipe découvrent le premier rétrovirus humain HTLV. Il est à l’origine de certains lymphomes et leucémies. C’est un oncovirus qui immortalise les cellules cibles : les lymphocytes T.
1983 : Après bien des cas cliniques, les recherches de l’Institut Pasteur par MONTAGNIER et CHERMANN détectent l’activité d’une transcriptase inverse et informent GALLO aux USA. Cette équipe isole l’agent responsable du SIDA et lui donne le nom de LAV (Lymphadenopathy Associated Virus).
1984 : GALLO isole ce même virus et l’activité anti-rétrovirale de l’AZT est mise en évidence.
1985 : Des lots de sang contaminés sont distribués en France, alors que depuis fin 1984, on savait que le préchauffage inactivait le virus. Après de nombreuses discussions entre les USA et la France, une conférence mondiale du SIDA se tient à Atlanta. Le criblage systématique du sang destiné aux transfusions et à la fabrication des produits sanguins est institué. Tous les donneurs de sang sont soumis à un test de dépistage des anticorps anti-VIH.
1986 : La communauté scientifique adopte le nom de HIV ou VIH. MONTAGNIER isole un VIH 2. L’AZT se révèle très coûteuse et toxique.
1987 : Accord des administrations américaines et françaises pour la paternité du VIH mais CHERMANN se désolidarise. La publicité sur les préservatifs comme moyen de prévention des MST est autorisée en France. Commercialisation de l’AZT.
1990 : À l’AZT, on ajoute 2 inhibiteurs de la transcriptase inverse :
DDI et DDC. Propagation de l’épidémie dans le monde.
1992 : Remboursement à 100% des tests du VIH en France.
1993 : Essais des premiers vaccins.
1995 : The Lancet conclut à l’efficacité potentielle des anti-protéases.
1997 : Les anti-protéases sont dans les pharmacies françaises.
2000 : Amélioration des tests pour la recherche des anticorps.
2001 : Nouvelles stratégies étudiées pour la thérapie du SIDA.
2002 : Tests australiens chez l’homme pour un vaccin anti-VIH à partir de modification génétique de l’ADN du virus du SIDA.
2003 : Étude de nouvelles anti-protéases qui diminuent considérablement la mortalité du SIDA.
2005 : Étude sur la réponse immunitaire.
2006 : La Fondation Bill Gates choisit le CHUV à Lausanne pour donner une chance au vaccin du SIDA. Les doses vaccinales pourraient être plus petites que prévu. Possibilités de rendre disponible le traitement aux pays déficitaires.
2007 : ...

> Epidémiologie

Depuis l’année 2002, le SIDA est considéré comme une pandémie globale, ne montrant aucun signe de ralentissement.

- Dans le monde

Estimation de la répartition des séropositifs fin 2004

Les dernières estimations fournies par le rapport ONUSIDA portent à :

- 40,7 millions le nombre de personnes séropositives recensées dans le monde fin 2006
- 4,3 millions le nombre de personnes nouvellement séropositives en 2006
- Plus de 3,1 millions le nombre de personnes décédées du SIDA en 2006
- Plus de 25 millions le nombre de décès depuis le début de la maladie en 1981 dont 2,9 millions en 2006

Nous notons :

- Une certaine stabilisation du taux d’infection
- La rapidité de la propagation de l’épidémie en Europe orientale et en Asie
- Alors que dans les premières années l’épidémie touchait principalement les consommateurs de drogues injectables, les hommes homosexuels, les travailleurs
  sexuels et leurs partenaires, ce n’est plus le cas aujourd’hui où la majorité des contaminations sont hétérosexuelles

- En France

Fin 2005

      - Environ 150 000 personnes vivaient avec le VIH
      - 6 700 nouvelles contaminations ont été recensées
      - 40 000 personnes seraient porteusesde ce virus sans le savoir

En 2007

      - Plus de 50 % des nouveaux diagnostics concernent des personnes contaminées par rapports hétérosexuels
      - 27 % par rapports homosexuels
      - Les femmes représentent 38% des nouvelles infections diagnostiquées
      - 12 % des nouvelles contaminations concernent les jeunes de 15 à 24 ans
      - La France est le pays européen qui réalise le plus grand nombre de tests de dépistage (84 pour 1000 habitants)
      - En termes de nombre de sérologies positives rapportées à la population, la situation de la Guyane reste particulièrement alarmante avec un taux 3 fois plus élevé
        qu’en Guadeloupe et 5 fois plus élevé qu’en Île-de-France.

> Physiopathologie du virus VIH-1

- Sa structure

Ce virus possède un matériel génétique ARN accompagné de quelques protéines dans deux coques protéiques « les capsides », elles mêmes entourées par une membrane portant des protéines spécifiques.

Structure du VIH-1

Deux types de VIH sont à distinguer : le VIH -1 et le VIH-2. Ils sont très proches. Le VIH-1 étant de loin le plus répandu, c’est lui qui sera décrit dans ce livret.

Il se transmet essentiellement par les fluides corporels : les sécrétions génitales, le sang, le lait. La transmission est aujourd’hui majoritairement sexuelle.

- La structure du génome viral

Le génome du virus du SIDA se compose d’un ARN simple brin de 9 181 nucléotides.

Il comporte 3 gènes principaux : Gag, Pol, et Env. ainsi que des gènes de régulation de petite taille. Il comporte des séquences spécifiques à ses extrémités : 5’UTR et 3’UTR.

Une fois retranscrit sous la forme d’un ADN double brin, il s’exprime par le biais de deux ARN messagers qui aboutissent à la synthèse de 3 protéines.
Ces dernières sont ensuite clivées par des protéases qui aboutissent aux différentes protéines virales qui assemblées permettent la formation de nouveaux virions.

- Le cycle viral du VIH

Le virus du SIDA, présent dans le sang, est capable de se fixer à des cellules particulières du système immunitaire : les lymphocytes T4. Ils sont ainsi nommés car ils portent la protéine transmembranaire CD4 qui intervient avec la protéine gp 120 du virus pour la fixation de ce dernier.

À partir de cette fixation, le matériel génétique du VIH peut pénétrer dans le lymphocyte. L’ARN du virus est alors rétrotranscrit en ADNc double brin qui s’intègre au génome de la cellule hôte. Après être de nouveau transcrit en ARN messagers, il y a fabrication des protéines du virus puis de nouveaux virions qui s’entourent d’une membrane héritée de la cellule infectée. Ceci permet la libération de nouveaux virus dans le sang.

Évolution de l’infection par le VIH

- La variabilité du VIH

On distingue 2 types de VIH : le VIH-1 et le VIH-2. Pour chaque type, il est possible de dégager un certain nombre de sous-types.

Pour le VIH-1, il existe 9 sous-types. Ces derniers peuvent être corrélés à des zones géographiques.

Deux mécanismes entrent en jeu pour expliquer cette variabilité :

- La réverse transcriptase a un taux d’erreur élevé ce qui correspond à des mutations par cycle de réplication
- Le taux de renouvellement du virus est très élevé


Tout ceci rend très difficile l’élaboration d’un vaccin. Ainsi, lorsque le système immunitaire est encore fort, on observe un grand nombre de variants dus aux mutations. Le virus déborde le système immunitaire qui est alors détruit.

- Évolution du virus

On distingue 3 phases lors d’une infection par le virus du SIDA.

1 .  La primo infection : elle se situe juste après la contamination par le VIH.
      Le nombre de virus présents ou charge virale augmente fortement puis diminue rapidement du fait de la réponse du système immunitaire qui est donc protectrice.
      Il se produit l’installation d’un fort taux d’anticorps anti VIH qui se maintient longtemps.

2 .  La phase asymptomatique ou pré-Sida : l’individu ne présente aucun symptôme de la maladie et le nombre de virus n’augmente que très légèrement. Malgré le
      contrôle de la maladie par le système immunitaire, les lymphocytes LT CD4 sont progressivement détruits par le virus traduisant l’attaque sournoise du VIH.
      La chute des anticorps marque le début de l’immunodépression liée à la mort des LT CD4.

Le Sida : le système immunitaire est débordé. Le nombre de virus augmente fortement et les symptômes apparaissent. Les LT CD4 disparaissent quasiment ainsi que les anticorps. La mort emporte le malade en général par des infections opportunistes.

Évolution de l’infection par le VIH

> Classification de la maladie

- En stades cliniques proposés par l’OMS

Stade clinique 1
- Patient asymptomatique
- Adénopathies persistantes généralisées

Stade clinique 2
- Perte de poids inférieure à 10% du poids corporel
- Manifestations cutanéomuqueuses mineures (dermite séborrhéique, ulcérations buccales récurrentes)
- Zona au cours des 5 dernières années
- Infections récidivantes des voies respiratoires supérieures

Stade clinique 3
- Perte de poids supérieure à 10 % du poids corporel
- Diarrhées chroniques inexpliquées pendant plus d’un mois
- Fièvre prolongée inexpliquée pendant plus d’un mois
- Candidose buccale (muguet)
- Leucoplasie chevelue buccale
- Tuberculose pulmonaire dans l’année précédente
- Infections bactériennes sévères (pneumopathies)

Stade clinique 4
- Pneumocystose
- Toxoplasmose cérébrale
- Maladie de Kaposi
- Lymphome
- Mycobactériose atypique généralisée, et plus généralement toute affection grave apparaissant chez un patient infecté par le VIH, ayant une baisse importante de son
  immunité (taux de CD4 inférieur à 200/ mm3)

- Par CDC (Centers for Diseases Control) classification modifiée en 1993

Catégorie A
- Séropositivité aux anticorps du VIH en l’absence de symptômes
- Lymphadénopathie généralisée persistante
- Primo-infection symptomatique

Catégorie B
- Manifestations cliniques chez un patient infecté par le VIH, ne faisant pas partie de la catégorie C et qui répondent au moins à l’une des conditions suivantes
- Elles sont liées au VIH ou indicatives d’un déficit immunitaire
- Elles ont une évolution clinique ou une prise en charge thérapeutique compliquée par l’infection VIH (stade 2 ou 3 OMS)

Catégorie C
- Cette catégorie correspond à la définition du sida chez l’adulte ; les critères cliniques sont donc les mêmes que le stade clinique 4 de l’OMS

> Une maladie chroniquement mouvante

Plus de 20 années se sont écoulées depuis la toute première utilisation du premier anti-rétroviral pour le plus grand bonheur des patients qui ont vu leur pronostic complètement bousculé.
Cette affection, devenue chronique, accompagne maintenant toute la vie du patient. Le VIH n’est plus une menace à court terme mais de nouvelles interrogations se posent.

- La place des co-morbidités devient croissante

L’hépatite C
Elle affecte jusqu’à 40 % des patients séropositifs VIH. Cette co-infection devient une cause majeure de décès dans cette population.

L’hépatite B

La tuberculose

- Les complications des traitements anti-rétroviraux

- Complications métaboliques
- Diabète
- Hyperlipidémie
- Lipodystrophie
- Un risque cardiovasculaire accru

- Les cancers

Ils apparaissent en progression chez les séropositifs VIH car :
- Cette population vieillit
- Elle est plus exposée à certains virus cancérigènes (ex papilloma virus)
- Certains comportements (tabac, alcool,…)
- Sur des décennies, cette population subit un dérèglement des fonctions immunitaires